PASQUALE PAOLI

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Pasquale Paoli a fortement marqué l'histoire de la Corse en lui donnant son indépendance. Proclamé Père de la Patrie (Babbu di a Patria) et Général de la Nation, il est l'initiateur de la Constitution corse qui allait inspirer celle des 2tats-Unis d'Amérique. De nombreuses villes américaines portent son nom comme, par exemple, Paoli City dans l'Indiana, dans le Colorado, en Pennsylvanie..

" Il est encore en Europe un pays capable de législation ; c'est l'île de Corse. La valeur et la constance avec laquelle ce brave peuple a su recouvrer et défencdre sa liberté mériterait bien que quelque homme sage lui apprît à la conserver. J'ai quelque pressentiment qu'un jour cette petite île étonnera l'Europe. " Rousseau, Du contrat social, livre II, chapitre X.

DE MERUSAGLIA A LONDRES 

Lorsque Philippe Antoine Pascal Paoli naît le 6 avril 1725 à Stretta, hameau de Merusaglia, la Corse est sous domination Génoise. Dix ans plus tard, le 30 janvier 1735, une Cunsulta (assemblée générale) réunie à Orezza déclare la Corse indépendante. Selon la constitution adoptée à cette occasion, le pouvoir législatif est confié à une assemblée composée de députés élus par le peuple et le pouvoir executif à une Junte composée de six membres élus par l'assemblée.

Le père de Pasquale, Ghjacintu est élu membre de la Junte. Mais en 1739 l'insurrection corse est écrasée et Pasquale Paoli, avec son père, doit fuir et se réfugier en Italie. Installé à Naples le jeune Pasquale suivra les cours à l'université de cette ville et fera de brillantes études. Malgré l'insistance de son père qui lui conseille d'entrer dans les ordres, Paoli choisit le métier des armes et est nommé sous-lieutenant au régiment royal Farnese en garnison en Sicile.

En exil Paoli suis attentivement les événements qui secouent l'île. Aussi, lorsqu'en septembre 1754 son frère Clemente et de nombreux notables insulaires  lui demandent de rentrer en Corse, après réflexion il répond à leur attente. Il débarque à Aleria le 29 avril 1755 et le 14 juillet de la même année à la Cunsulta de Sant'Antone di a Casabianca (Orezza) les députés des "pieve" (régions) le proclament "Général de la Nation"et définissent les pouvoirs qui lui sont conférés.  

" Le moyen le plus propre pour obtenir notre but a été estimé être l'élection d'un chef général (Capu Generale).. afin qu'il commande en ce royaume avec une puissance entière, excepté dans le cas où il s'agira d'une matière d'Etat qu'il ne pourra traiter sans le concours des députés.. "

Quand Paoli arrive au pouvoir le désordre et l'anarchie règnent en Corse et une tâche immense l'attend. Patiemment mais fermement " u Babbu di a Patria " (titre qui lui sera decerné en 1794) va organiser l'île, en faire un Etat doté d'une constitution avec son armée, sa justice, son administration et sa monnaie. Parallèlement à l'oeuvre politique, Paoli essaye de promouvoir l'instruction en ouvrant de nombreuses écoles et en créant, à Corti, une université. Il encourage l'économie à travers l'agriculture, l'industrie et le commerce extèrieur. Il est à l'origine de l'introduction et de la culture de la pomme de terre dans l'île. Il fait voter une loi établissant dans chaque province des fonctionnaires chargés d'inspecter la culture des terrains. Il favorise l'exploitation des mines de plomb et de cuivre et crée le port de l'Isula. La Corse devient, sous son autorité, une république qui inspirera de nombreux pays. Mais l'indépendance de la Corse sera éphémère.

 La France, pour des raisons stratégiques, désirait s'implanter en Méditerranée et convoitait la corse. L'occasion de s'en emparer se présente en 1768 quand la sérénissime République de Gênes, criblée de dettes, chassée de Corse et cherchant de l'aide s'adresse au roi de France. Le gouvernement de Choiseul est alors chargé de rédiger un traité qui sera paragraphé par l'ambassadeur de Gênes le 15 mais 1768 à Versailles. Aux termes du traité, Gênes cédait, vendait serait le terme adéquat, la Corse à la France moyennant la somme de deux millions de livres payables en dix ans. Ce qui fit dire à Voltaire : " Il restait à savoir si les hommes ont le droit de vendre d'autres hommes ; mais c'est une question qu'on n'examinera jamais dans aucun traité... " 

Apprenant l'existence du traité de Versailles, Paoli réunit une Cunsulta à Corti le 22 mai 1768 et s'adressant aux représentants du peuple Corse il déclare :

" Jamais peuple n'a essuyé un outrage plus sanglant... On ne sait pas trop ce que l'on doit détester le plus du gouvernement qui nous vend ou de celui qui nous achète... Confondons-les dans notre haine puisqu'ils nous traitent avec un égal mépris... "

De son côté le roi, désireux de prendre possession de son nouveau territoire, envoie ses troupes dans l'île. La guerre est inévitable. Lors des premières escarmouches les Corses, décidés à défencre leur indépendance, remportent quelques succès. Le plus retentissant est celui de Borgu, le 5 octobre 1768, qui voit les armmées du roi battre en retraite devant les Corses. Mais, supérieures en nombre et en armement, les troupes royales sont victorieuses à Ponte-Novu le 9 mai 1769. Les Corses sont mis en déroute et Paoli, qui a cherché vainement de l'aide à travers toutes les cours d'Europe, se voit contraint à l'exil. Le 13 juin 1769, à Purti-Vechju il s'embarque sur un vaisseau anglais, débarque en Toscane et de là gagne l'Angleterre où il sera reçu par le roi avec tous les honneurs dus à un chef d'Etat. 

Avant de quitter la Corse, Paoli s'était adressé à quelques fidèles : 

" Notre heureux gouvernement est renversé, tous nos amis sont morts ou prisonniers et à nous qui avons le malheur de vivre jusqu'à aujourd'hui pour voir la ruine de notre pays, il ne nous reste que la triste alternative de la mort ou de l'esclavage... Il ne nous reste qu'à nous frayer un chemin, le fer à la main, à travers nos ennemis, pour aller attendre des temps plus heureux et conserver des vengeurs à la Patrie ou terminer notre honorable carrière en mourant glorieusement comme nous avons vécu... "

La Corse perdait ainsi son indépendance et les Corses, citoyens libres, devenaient sujets d'un roi qui leur était totalement étranger.

L'exil de Paoli et la victoire militaire ne signifiaient pas pour autant que la conquête de l'île était terminée. En effet, de nombreuses insurrections éclateront, toujours férocement réprimées et on ne comptera plusles récoltes et les villages incendiés, les pillages, les viols, les emprisonnements et les pendaisons, lot commun à toute conquête.

LE RETOUR 

Vingt ans après Ponte-Novu survient la Révolution française qui donnera l'occasion à Paoli de revenir en Corse. Débarqué à Macinaghju le 14 juillet 1790, il sera élu à Orezza le 9 septembre 1790 président du Directoire départemental et général de la Garde Nationale. Une ère de paix semble s'ouvrir pour la Corse. Mais, très vite, les relations entre Paoli et le pouvoir parisien se gâtent. Dès 1792, Paoli voulant préserver la Corse des atrocités révolutionnaires et ayant le souci de maintenir la tranquillité des insulaires, prend ses distances avec les partisans de la Révolution. Ces derniers etreprennent alors une campagne de dénigrement contre lui. Bientôt accusé de trahison, le 2 avril 1793, la Convention décrète son arrestation. Napoléon protestera, énergiquement mais vainement, contre le décret : " Faites taire la calomnie et les hommes profondément pervers qui l'emploient ! Paoli est plus que septuagènaire, il est infrime sans quoi il serait allée à la barre pour confondre ses ennemis ! ... Il jouit toujours de notre confiance ; rapportez, en ce qui le concerne, votre décret du 2 avril et rendez à tout ce peuple la joie... "

Paoli, le 17 avril, s'adresse aux Corses : " Peuple très aimé ! Tenez vous sur vos gardes ! Vous êtes armés, vous connaissez vos droits, soutenez-les ! ... "

LE ROYAUME ANGLO-CORSE 

Le 17 juillet la Convention considère Paoli comme " traître à la Patrie " et la déclare hors-la-loi. Paoli fait alors appel à la flotte angaise et bientôt les Français sont contraints d'abandonner l'île. Le 15 juin 1794 une nouvelle Cunsulta proclame la séparation d'avec la France et adopte une constitution par laquelle était créé un royaume anglo-corse placé sous l'autorité de sa Majesté George III roi d'Angleterre. L'île devenait anglaise mais la constitution spécifiait que la Corse n'était pas annexée à l'Angleterre. Unie à celle-ci, elle formait un royaume indépendant. D'ailleurs le pouvoir législatif était exercé par le roi et par le parlement de Cors dont les députés élus pour deux ans votaient les lois.

George III nommera alors Sir Gilbert Elliot vice-roi de Corse. Or les Corses s'attendaient à ce que ce titre échut à Paoli. Aussi des troubles éclatent et face aux trois factions qui divisent et agitent les insulaires (partisans de l'Ancien Régime, de la Révolution et de l'indépendance) devant le départ de Paoli qui s'est retiré dans son village natal, Elliot demande au roi l'exil du Babbu. Invité à se rendre à Londres, Paoli s'embarque à San Fiurenzu le 14 octobre 1795.

Le départ de Paoli n'améliorera pas pour autant les rapports entre Corses et autorité anglaise. Finalement les succès en Italie du général Bonaparte incitent le cabinet de Londres à faire évacuer l'île. En octobre 1796 la Corse redevenait française.

Paoli finira ses jours en Angleterre où il mourra, à Londres, le 5 février 1807. Il sera inhumé, selon ses voeux, au cimetière de l'église catholique Saint Pancrace. En avril 1807, avec l'accord du gouvernement, un buste, encore visible, sera placé dans la nef latérale droite de l'abbaye de Westminster. Son corps sera ramené en Corse en septembre 1889 et enterré dans une pièce de sa maison natale à Merusaglia transformée en musée. " Je fermerai les yeux au grand sommeil, heureux et sans remords pour ma conduite politique. Que Dieu me pardonne le reste... ", avait-il écrit à un ami en avril 1806.


L'OEUVRE DE PAOLI

L'UNIVERSITE

Paoli installa le siège et les locaux de l'université à Corti. Les matières enseignées furent établies par la Cunsulta de 1764 :

1 - La théologie scolastique : étude des principes de la religion ;

2 - La théologie morale : enseignement des règles de la morale chrétienne ;

3 - Les statuts civils et canoniques : étude de l'origine et de l'esprit des lois ;

4 - l'éthique : " pour apprendre les règles du bien-vivre " ;

5 - La philosophie : outre l'étude de cette matière, les professeurs dispensaient également des études de mathématiques ;

6 - La rhétorique ;

7 - La physique.

En 1767, 300 étudiants fréquentent l'université.

LA CONSTITUTION

La Corse gardait le titre de royaume mais le souverain demeurait le peuple. Il élisait au suffrage universel des députés qui, à leur tout, élisaient les membres de la Cunsulta. Réunie tous les ans la Cunsulta exerçait le pouvoir législatif. La Cunsulta élisait à son tour un Conseil suprême. Ce conseil choisissait en son sein le Général de la Nation (en quelque sorte le Président de la République). Le Général commandait l'armée et représentait la nation à l'étranger.

Enfin la commune était administrée par un podestat (maire) assisté de deux " pères du commun " élus au suffrage universel. La justic était rendue parr le podestat et les deux pères du commun pour les affaires n'excédant pas dix livres ; au-delà il y avait un juge de paix dans chaque pieve ; en ce qui concerne les affaires criminelles ou politiques elles étaient jugées pas une cour : " la Rota ".

Cette justice acquit une réputation de sévérité mais aussi d'impartialité et sera appelée par les insulaires " ghjustizia paolina " (justice de Paoli) terme qui inspirera respect et crainte.

LA MONNAIE

Paoli installa l'hôtel des Monnaies à Muratu (Murato) en 1763 puis il le transfera, en 1767, à Corti.

C'est lors de la Cunsulta de U Viscuvatu en 1761 qu'il avait été décidé de frapper monnaies. Pour réunir le cuivre et l'argent nécessaires à l'opération, des collectes furent organisées par le clergé. Ainsi on fondit au milieu des fourchettes et autres objets, des pièces provenant des églises et servant au culte.

Dès les tout premiers jours après la défaite à Ponte Novu des troupes Corses, le 28 mai 1769, par ordonnance, le Conseil supérieur de l'île de Corse, au nom du roi, décidait une dévaluation des monnaies corses en cours. Mais cette mesure n'avait qu'un caractère provisoire puisque, le 10 février 1770, paraissait un décret ordonnant de retirer toute " la monnoye de Paoli " avec une forte dévaluation. Elle atteignit 75% pour les pièces en argent et les petites valeurs furent payées au poids du métal !

ILS ONT DIT DE LUI...

" Les personnes qui ont conversé avec lui sont frappées par sa sublime intelligence, l'aisance de ses manières et sa surprenante éloquence. " Journal London chronicle 20 juillet 1769.

Boswell qui lui avait rendu visite en Corse écrit : " Il est grand, robuste et bien fait. Sa physionomie douce et ouverte annonce de la sensibilité et de la grandeur d'âme. Quoique calme et fort maître de lui-même, Paoli est d'une vivacité incroyable. Il est toujours en mouvement.. Je m'aperçus qu'il avait fait d'excellentes études... " BOSWELL, fils d'un lord écossais.

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